
Déconcertant
4/5
- Seconde Guerre Mondiale
- Camps
- Déportation
- Résistance
- Autobiographie
- Nombre de pages: 217 pages
- Paru en: 1985
Ce que j’en pense
Alors que je pensais lire un livre « lambda », ce livre est en fait composé de 6 nouvelles distinctes, indépendantes, mais toutes reliées les unes aux autres.
Les 4 premières sont autobiographiques. Marguerite Duras nous y livre ses pensées et ses sentiments lors de la Libération, et son inquiétude quant à la survie de son mari, Robert Antelme, alors déporté à Dachau. Ce texte est particulièrement fort et poignant, car autant on lit beaucoup sur les déportés, autant on lit peu sur leurs familles et leur angoisse.
Les 2 derniers textes mettent en scène le double fictionnel de M. Duras, Thérèse. Là, on évolue dans la Résistance et la traque des miliciens.
Pour comprendre ce livre, il est indispensable de faire des recherches sur sa vie.
Mariée à Robert Antelme en 39, elle divorce en 47 et se met officiellement en couple avec son amant Dionys Mascolo (le fameux D. du livre, qui apparaît dans tous les textes). Amant qui risque sa vie pour aller sauver le mari en 1945 à Dachau, grâce aux informations de François Morland (comprendre François Mitterrand).
Alors, même si j’ai beaucoup aimé ce livre dans sa globalité, ce n’est pas un coup de cœur. Disons que je suis une puriste (si l’on peut dire), mais j’aime bien les histoires avec un début, un milieu et une fin. Or là, c’est beaucoup plus aléatoire. Aucun des textes n’est proposé dans un ordre chronologique, chacun ayant son histoire propre, mais toutes les histoires finissant par n’en former qu’une. Je n’étais surtout pas prête à ce style.
🤔En conclusion, malgré mes quelques réserves sur ce livre, il n’en reste pas moins un témoignage autobiographique particulièrement poignant et intime. Peut-être même trop. R. Antelme aurait d’ailleurs extrêmement mal vécu leur publication. Lorsqu’il découvre le texte, il aurait répété à sa femme Monique « Elle a osé, elle a osé ! » Après cela, ses rapports avec Marguerite se seraient brisés au point qu’il aurait changé de trottoir lorsqu’il la croisait. (Et quelque part je peux le comprendre vu les détails intimes qu’elle dévoile sur lui).
De quoi ça parle
« J’ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château.Je n’ai aucun souvenir de l’avoir écrit.Je sais que je l’ai fait, que c’est moi qui l’ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l’endroit, la gare d’Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce Journal. Quand l’aurais-je écrit, en quelle année, à quelles heures du jour, dans quelles maisons ? Je ne sais plus rien. […]Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer et qui m’épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver.La douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot « écrit » ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n’ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte. »Marguerite Duras.






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